Le FAT a posé ses chapiteaux dans le pré qui borde le village de Sermange. A quelques heures de vélo de Besançon, les cyclistes heureux ont pu longer le Doubs, à la fraîche, se baigner et attaquer la vallée pour dévaler sur le village.

La petite commune regorge de surprises. A commencer par Ynsect, un démonstrateur industriel de la région qui innove en proposant des petites bêtes, les Tenebrions Molitor, pour nourrir nos compagnons à quatre pattes, les poissons et crevettes d’élevage. Le centre accueille dans une lumière crue les festivaliers en petit nombre, secret industriel oblige. Derrière cet impressionnant complexe se cache une équipe qui a misé sur la vision des quatre fondateurs. La production d’insectes est un domaine tout aussi nouveau que compétitif et le plus expérimenté des maîtres éleveurs français de Ténébrions travaille ici. Tout est bon dans le Tenebrion, même ses déjections seront valorisées en engrais.

Plus classiques, les frères Courderot ont repris l’exploitation de leurs parents et ont décidé de se convertir en bio en 2010. Les mots ne sont jamais anodins et en passant du conventionnel au bio il s’agit de se réinventer, et souvent sous les yeux de ceux qui ont tenu l’exploitation. C’est avec une voix émue qu’Etienne Courderot remercie son père pour son soutien. Les fermes sont des histoires de famille, et cette conversion s’est aussi faite grâce aux anciens. Le patriarche témoigne « je leur ai toujours fait confiance, même si j’étais un peu inquiet, je ne me suis pas mis au travers de leur chemin ». Et l’argument économique, appuyé par la chambre d’agriculture avec un scénario d’évolution sur cinq ans, leur a permis de prendre le tournant. Pour le maïs, le rendement est descendu de 120 à 60 quintaux par hectares, mais le prix de la tonne est de 80 contre 300 euros : le calcul est vite fait.

La famille a aussi été derrière Frederick Striby. Ancien concepteur industriel convaincu que les circuits courts sont la bonne échelle d’action, il a décidé de passer à l’acte en devenant lui-même producteur. Sa famille l’a aidé pour palier au retard de l’aide d’installation pour jeune agriculteur, un problème courant dans ce « parcours du combattant ». On sent que les multiples compétences de ce débrouillard ont été mises à contribution. Fred fait ses semences, ses plants, et même ses outils. Il répète que « la meilleure manière de savoir c’est d’essayer, parce qu’il n’y a pas un sol pareil ». Et si Fred a voulu s’engager sur ce chemin, c’est aussi pour le plaisir de « voir mes enfants suivre la coccinelle, et demander pourquoi elle va là. Ca se joue dès le début, c’est de l’éducation aussi ».

D’autres nous ont fait partager leurs valeurs et leurs rêves par le plaisir. Le chef étoilé Joël Cesari d’abord, a récolté les légumes du potager du château pour improviser sous nos yeux des fleurs de courgettes à la plancha. Et pour la nuit de l’agricul’teuf, les artisans de la fête de la Source nous ont ouverts leurs portes. C’est sous de grands pins et un ciel étoilé que les festivaliers ont été accueillis par des lutins en peignoirs puis orientés vers une caravane sauna et de mystérieux bars à jus.

Sermange aura été l’étape des conversions touchantes. Parce que certains veulent mettre la main à la pâte et offrir des solutions locales, parce que d’autres se retrouvent dans des situations financières délicates. Et d’autres encore parce que “quand on fait comme on te dit et que tu sais pas pourquoi, au bout d’un moment tu te fais chier”.

Lou Perpes pour Fermes d’Avenir