Le village est planté près de la friche du Rodia, au bord du Doubs, en contrebas de la forteresse Vauban, lové entre les verdoyantes collines de Besançon à quelques tours de roue du majestueux centre historique méconnu de beaucoup d’entre nous. Bien.

Le FAT c’est aussi des visites improbables. En longeant le Doubs jusqu’à Novillars, on arrive à la papeterie de Gemdoubs, installée depuis la fin du XIXème. Il y a 5 ans, suite au dépôt de bilan, des élus se mobilisent pour sauver le site, trouver un repreneur et moderniser. « Ici on veut montrer qu’on peut avoir des industries propres » explique Laurent, le directeur avant d’avancer des chiffres : 87% de l’eau utilisée, et les papeteries en consomment une quantité astronomique, est directement traitée et réutilisée. L’eau résiduelle passe par des bassins et finit projetée sur une rhizosphère c’est à dire un champ de roseaux, un assainissant naturel. Côté énergie, la papeterie consomme en une heure le gaz nécessaire à un foyer de 4 personnes sur un an mais ça aussi ça va changer avec la centrale de biomasse en construction qui couvrira 100% des besoins. Après avoir assisté à tout le processus, des bottes de déchets papiers aux énormes bobines de 2 km de long en passant par la pulpeuse et les innombrables rouleaux, Eric le directeur technique nous confie que la durabilité de l’usine a eu un effet positif sur les commandes et sécurisé les 65 emplois du site.

Sur le village, des festivaliers pataugent dans une piscine de puzzle pendant que d’autres réparent leur vélo avec vélo campus ou égayent les ondes au stand radio campus. Plus tard dans la soirée c’est le bal des plateaux avec pitas aux légumes rôtis entre autres gourmandises sorties du FATlab. Le concert commence sous les étoiles et la citadelle illuminée.

Alors que certains ont pris les vélos pour aller réguler leur température en plongeant dans les gorges de la Loue, un convoi part pour le jardin O’rêve de Terre, situé dans une zone natura 2000 aux faux airs de paradis terrestre. Devant les fenêtres du vieux prieuré de la Reculée d’Arbois s’épanouissent un potager, un verger et beaucoup de nature sauvage. Avant de commencer la visite, Clara demande au groupe de fermer les yeux, d’écouter, de sentir, de recouvrer ses sens pour se mettre en condition d’observation, première étape de toute bonne démarche permacole. « La permaculture ce n’est pas de la technique, c’est un rapport au temps » explique-t-elle devant son mandala labyrinthique conçu de manière à ne pas pouvoir passer trop rapidement entre les cultures. Quand on lui pose la question des limaces et des nuisibles, elle répond qu’il n’y a pas de mauvais sol mais seulement de mauvais paysans. Un des maîtres mots de l’endroit c’est de diversifier : les cultures mais aussi les produits et la visite se termine par une dégustation de sorbets à base des fruits du jardin. Ancienne ingénieure agronome, Clara a eu une révélation en suivant une formation en permaculture et aujourd’hui elle compte bien passer le relai. Avant de reprendre ce bel endroit il y a un an, elle s’était fait la main aux jardins de cocagne que nous filons visiter.

L’association spécialisée dans l’insertion par le travail de la terre s’occupe de l’accompagnement technique des apprentis agriculteurs sélectionnés dans le programme test du grand Besançon. Face au constat du manque de maraichers sur son territoire, la collectivité a décidé d’encourager de potentiels agriculteurs en mettant à leur disposition sur trois ans un terrain, de l’eau et des outils pour qu’ils puissent se lancer sans trop de risque. Antoine a participé à la première période et il a pu se livrer à ses expérimentations permacoles. Quelqu’un pose la question de la limace. Il considère qu’il faut partager un petit peu de ce qui pousse avec les habitants qui étaient là avant et accepte un taux de perte. Quand il a été trop élevé il a essayé de faire diversion avec un sanctuaire pour limaces mais elles continuaient à sortir diner la nuit tombée. Mais comme Clara, il considère qu’il serait malvenu de jeter la pierre aux baveuses car si elles sont là c’est que l’homme a maltraité la terre. Et quand on lui pose la question de la rentabilité, il reconnait qu’il ne sort pas encore beaucoup de légumes mais que passer un après midi à initier des handicapés à l’agriculture, c’est de la rentabilité sociale. On poursuit avec une escapade dans l’univers de la lacto-fermentation, art de décupler les bienfaits des légumes en les conservant dans un bocal rempli de sel et d’eau à ébullition : facile et sain.

Il aurait quand même été dommage de partir sans avoir vu une meule de comté. C’est chose faite en visitant la fromagerie bio du Val Loue, magasin de la coopérative de 12 producteurs laitiers pendant laquelle on a notamment appris que tous les comtés du Haut Doubs et du Haut Jura transitaient par le Fort Antoine, ancien édifice militaire réinvestit par le célèbre affineur Marcel Petite et reconverti en 1996 en cave d’affinage contenant un trésor de 100 000 meules dont les plus rares ont 36 mois et sont stockées dans la poudrière. Au printemps le fromage est jaune et à l’hiver il est plus pâle, c’est à cause des fleurs.

Au dernier petit matin, une flopée de cyclistes se prépare à filer sur l’eurovélo 6 le long du Doubs : direction Sermange.

Clément Osé pour Fermes d’Avenir