Les Landes. Sur la route du littoral, les forêts de pins à perte d’hectares tirent parfois leurs rideaux de troncs noirs pour laisser apparaitre un lieu dit ou une station balnéaire. Mimizan est l’une d’elles. Des panneaux fluo nous aiguillent vers le champs où se redéploie encore le village. Face à nous: les douches et les tournesols. C’est une bande de copains et leurs assos qui nous reçoivent. Leur QG c’est la Smala, café associatif à Saint Julien en Born. Sur la place de la mairie c’est le jour du marché, couscous à 3,50 et producteurs locaux. On passe devant le stand de Benico Bio, dont le staff souriant mix des jus de pastèque melon sur fond musical.

Benico, ça fait 6 ans. Quand on arrive sur le champs au milieu des pins il y a une boutique en préfabriqué, un petit autel japonisant et des combi Volkswagen de surfers. Dans le sous-bois, une vingtaine de caravanes accueillent 15 woofers en permanence. Certains sont en train de bouquiner dans une cuisine d’été derrière un mur de pneus colorés à l’ombre d’une voute. Bricolage, matériaux de récup’, playlist de choix, on s’y voit bien et on aurait envie d’y passer quelques mois, c’est d’ailleurs le modèle assumé de la ferme lancée par Benjamin et son cousin Nicolas. « Les woofers travaillent comme ils veulent, certains moins que d’autre mais on n’oblige pas ». Ce qui est récolté sur les 4,5 hectare en bio est vendu à des coopératives, en vente directe, sur le marché ou transformé en tapas joliment dressés. Leur camion est d’ailleurs sur le village du FAT et cette semaine il y a des makis au menu, merci la woofeuse japonaise.

Le sol des Landes c’est 30 centimètres de sable acide et une couche infranchissable de sédiments du coup les racines poussent à l’horizontal. Ça n’a pourtant pas empêché Yvan, le père de Benjamin, de cultiver ses 70 hectares en bio depuis 1981. Il travaille le sol mais il ne laboure pas. Dernièrement il s’est intéressé à l’agroforesterie et des lignes de fruitiers ponctuent son vaste champ de maïs, « j’en suis encore aux prémices mais je voudrais aussi expérimenter le semi direct sur terres sablonneuses. On a créé une association, La pelle à projets, pour réfléchir à ces questions là ». Pour lui c’est bientôt l’heure de passer le relai : « trouver des repreneurs pour 70 hectares en bio ce n’est pas trop compliqué mais j’avais des exigences quant à la manière de travailler du prochain ». C’est Olivier qui prendra la relève et il nous parle déjà de non travail du sol. Il vient du conventionnel et il en revient aussi, « trop d’agriculteurs acceptent des rémunérations de misère et ne font pas long feu, il faut un modèle durable ».

L’autre visite qui nous a marqué c’est celle de Camdelan, « une ferme qu’on a considéré comme fantastique » introduisent Pierre et Mathilde. « Au début on se faisait bouler par les conseillers en agriculture qui nous disaient que c’était illusoire de travailler avec des races anciennes, mais ces animaux se sont révélés extraordinaires quand on a appris à communiquer avec eux », l’idée force c’est de travailler – avec – les animaux, les plantes et aussi les arbres. Il poursuit son histoire devant les enfants captivés : « j’ai été voir la poule et je lui ai demandé: qu’est-ce que tu sais faire ? Un œuf, soit. Mais moi je bosse toute la journée pour elle, j’ai eu envie de la mettre au travail. Du coup on a fait une réunion et en fait elle sait faire bien plus de choses. Elle fait caca et ça, c’est un trésor pour faire pousser les plantes », c’est vrai que le potager est plutôt verdoyant. A côté il y a les cochons qui retournent le sol avec leur groin, bien pratique pour planter les pommes de terre sans se fatiguer : « on n’a pas le meilleur rendement mais si on compte le temps passé ce n’est pas si mal, il y a un très bon rapport flemme sur rendement ». Les coureurs indiens, petits canards, s’occupent des limaces, tout le monde a son poste. Quant aux chèvres des Pyrénées qui sont devenu l’emblème de la ferme floqué sur les tee-shirts, « Elles sont très rustiques. Elles donnent moins de lait et de petits mais elles survivent aux hivers rigoureux et en fines connaisseuses de leur milieu se soignent avec des plantes médicinales ». Pierre aime faire ses pulls avec la laine de ses moutons, « c’est un plaisir médidatif, un travail d’hiver, un loisir lent qui peut prendre jusqu’à deux ans ». Il s’amuse.

Clément Osé pour Fermes d’Avenir