Portiragnes, comme un air de vacances… installés à quelques mètres de la plage, il fait bon vivre sur cette étape. Les chapiteaux se montent, et déjà nous filons nous régaler au glacier d’à côté sur les conseils de la mairesse venue nous souhaiter bienvenue. Le temps de faire trempette, le village du Fermes d’Avenir Tour se remplit des curieux qui se dirigeaient vers les vagues tranquilles de la Méditerranée.

Sous le soleil de treize heures, la première visite est annoncée par le crieur : rendez-vous à l’accueil pour les Paniers des Triporteurs non loin de là, à Vias. C’est en petit groupe que nous découvrons le projet d’Eike et Anthony qui se sont installés dans un terrain loué de 7000m². Ils se le partagent « pour faire du maraîchage comme chacun l’entend, tout en s’entraidant ». Si Eike se retire du projet car il n’arrive pas à en vivre, Anthony s’accroche car il ne veut être l’ouvrier de personne. Ça n’est pas toujours facile, mais il n’a jamais été aussi heureux de sa liberté, des gens qu’il rencontre en vendant ses paniers et de ses tomates. Ce sont elles qui l’ont amené à être paysan : il les aime tellement, ces tomates, qu’il s’est dit qu’il allait les faire pousser lui-même le jour où il en a mangé de mauvaises. « Le maraîchage, c’est le champ des possibles » chante-t-il gaiement. Pierre Rabhi, Jean-Martin Fortier et les Colibris, entre autres, lui ont donné une envie de jardin d’Eden, qu’il bichonne en s’inspirant de la permaculture et de l’agroforesterie: personne ne s’en plaindra.

Yoann aussi est convaincu par l’agroforesterie, il vient justement d’acheter 2ha de terrain pour y planter arbres fruitiers et légumes afin d’agrandir le Jardin des Réformés. Labelisé Nature et Progrès depuis 50 ans, le jardin familial existe depuis 6 générations et Yoann s’apprête à prendre le relai de son beau père. Ensemble ils essaient d’être autonomes, de faire leurs propres semis, et surtout d’en faire un jardin éducatif. Animation du site, formations : les crèches et les écoles leur rendent aussi visite, et ça a son importance pour Yoann : « Pour beaucoup d’adultes c’est déjà trop tard, mais il faut vraiment éduquer les enfants ». Si maraîcher n’est pas un travail des plus aisés et le sera peut-être encore moins pour ses gosses, le cœur est à l’ouvrage et l’envie d’être accessible à tous est bien présente : les légumes du jardin ne sont pas vendus sous l’étiquette bio aux vendeurs en gros pour être au même prix que les autres, car c’est un frein dans ces coins-là où les gens pensent ne pas en avoir les moyens. Malgré tout, ils le sont : « On a tenu bon, on était en bio dans le passé et on l’est toujours restés ! On veut que tout le monde puisse manger nos légumes, pas seulement une élite de consommateurs ». Prochaine étape, développer des AMAPs pour vendre en circuit court et pouvoir se verser un salaire entier.

Exit les champs, rejoignons la ville. Dans les rues de Béziers, nous tombons nez à nez avec une boîte de partage de graines : nous y sommes, le cabinet de conseil en développement durable Primum non nocere.

Elodie nous explique qu’en plus d’accompagner et de conseiller des entreprises, des théâtres, des restaurants…, ils s’appliquent à être éco responsables au bureau : tables en cartons, mobilier en matériaux de récupération, peinture aux algues. Mais la grande particularité de l”endroit, c’est sa terrasse comestible entretenue par Jamel, agriculteur bio depuis 2015, et chef d’orchestre des radis, carottes, tomates et même ruchers du dernier étage. « Cette terrasse est le meilleur moyen de montrer l’exemple, un lieu de vie à transposer dans les écoles, les hôpitaux, pour redonner le goût de cultiver la terre, l’envie de bien manger, le respect des autres via la nature », explique Elodie, « Primum non nocere, ça signifie d’abord ne pas nuire ».

 

Cette maxime, ils l’appliquent jusqu’à l’assiette : les légumes de Jamel sont cuisinés chaque vendredi par Hervé, pas forcément ravi qu’une quinzaine de personnes déboulent dans sa cuisine en pleine préparation. Mais notre curiosité lui plait, comme la restauration éthique et durable à laquelle il peut se livrer ici : « au moins je sais d’où viennent les légumes que je cuisine ». Les bonnes odeurs qui s’échappent des casseroles d’Hervé chatouillent nos narines on serait presque un brin jaloux de partir déjà si la cuisine du FATlab ne nous attendait pas sur le village.

Depuis deux étapes, dans un coin du village, il y a un gars mécanicien des corps qui répare l’équipe. Grégory est ostéopathe et les candidats ne manquent pas à sa table de massage. Au premier contact, on se sent entre de bonnes mains, celles qui se baladent dans l’anatomie, qui savent toucher, trouver la pression juste, la bonne prise. Des mains qui savent et qui soignent. La séance se transforme en bulle de bien-être, les bruits alentours sont mis en sourdine, les ostéopathes sont les artisans du silence, du relâchement total et délicieux. On reconnait les gens qui sont passés par chez Grégory, ils ont l’air pacifiés et la démarche sereine, merci à lui.

Autour d’un dernier feu, bercés par le bruit des vagues, l’équipe se prépare au nouveau départ. Direction ? Saint Felix Lauragais, nous progressons vers l’ouest.

Anne-Hélène Bour et Clément Osé pour Fermes d’Avenir